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COVID-19 : Une tâche gigantesque pour les agences de santé publique africaines

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Dépistage du coronavirus à l'hôpital Aga Khan, Nairobi, Kenya.Crédit : Patrick Meinhardt/Bloomberg via Getty Images

Lancé en juillet 2017, le travail des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) a commencé par la lutte contre la maladie à virus Ebola, la fièvre de Lassa et d'autres épidémies dans plus de 15 pays africains. Toutefois, sa plus grande épreuve à ce jour est de soutenir et de diriger la réponse du continent à la pandémie de COVID-19.

“Le COVID-19 est la plus grande épreuve que nous ayons eu à affronter", a déclaré M. Nkengasong, le directeur du CDC Afrique. "Lorsque la pandémie a frappé, elle n'était pas que régionale, elle s'est répandue sur tout le continent et nous avons dû nous dépasser."

En tant qu'institution technique spécialisée de l'Union africaine (UA), l'agence soutient les initiatives de santé publique des États membres et renforce la capacité des institutions de santé publique à "détecter, prévenir, contrôler et répondre rapidement et efficacement aux menaces de maladies”1. Elle a mené des efforts pour se procurer des masques, des équipements de protection et d'autres articles essentiels lorsqu'ils sont devenus rares. Un autre domaine de coordination est le partage des capacités de tests moléculaires entre les pays, y compris les réactifs de test.

Au-delà de ces actions, l'agence a participé activement à l'orientation et à l'assistance des pays africains en matière de vaccination contre le COVID-19 par le biais d'initiatives telles que l'African Vaccine Acquisition Task Team (AVATT) et l'Africa Medical Supplies Platform. Le centre fournit des conseils sur l'efficacité et la sécurité des vaccins, tout en aidant à suivre la propagation des variants grâce à un réseau de surveillance génomique qui exploite les capacités de séquençage disponibles dans certains pays africains pour aider d'autres nations qui n'ont pas ces capacités.

Le Centre d'excellence africain pour la génomique des maladies infectieuses (ACEGID), basé au Nigeria et dirigé par Christian Happi, est l'un des centres qui aident les autres pays en matière de surveillance génomique. Les séquences qu'il a publiées ont permis de mieux comprendre la propagation du virus au Nigeria.

"Nous avons fourni des preuves qui montrent que les souches sont là et se propagent par la transmission communautaire", a-t-il déclaré à Nature Africa. Il a ajouté que les informations fournies sur la pandémie par la recherche sur la surveillance génomique devraient conforter les gouvernements africains dans leur décision de soutenir à la fois la réponse épidémiologique et les efforts de séquençage.

Éloge des institutions de santé publique africaines

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'est également déclarée satisfaite de la conduite de l'Africa CDC et des autres institutions de santé publique du continent. "Ils ont fait un très bon travail » a déclaré à Nature Africa, Matshidiso Moeti, directrice du bureau régional de l'OMS en Afrique . Elle ajoute qu'au-delà de la coordination centrale et des orientations fournies par l'OMS et les CDC d'Afrique, plusieurs organismes nationaux de santé publique avaient bien réagi, notamment le Centre nigérian de contrôle des maladies (NCDC)2. "Ils ont réussi à étendre leurs capacités non seulement au niveau fédéral, mais aussi au niveau des États, et même au niveau local", a-t-elle déclaré.

Elle fait remarquer que même si plusieurs des instituts de santé publique du continent sont relativement nouveaux, ils ont développé très rapidement de nombreuses capacités en matière de surveillance, de diagnostic, de suivi, de traçage et d'anticipation, ainsi que d'action préventive. M. Nkengasong a déclaré à Nature Africa que le CDC africain dispose d'une puissance suffisante, mais que sa capacité d'action dépend de la volonté de coopérer des États membres.

Aller de l'avant

Oyewale Tomori, professeur de virologie et président du comité consultatif ministériel d'experts du Nigeria sur le COVID-19, a décrit la pandémie comme une expérience révélatrice pour les pays africains. Elle exige de prioriser et d’améliorer les capacités de réaction aux épidémies sans avoir à compter sur l'aide des gouvernements étrangers. Cela implique de financer et de renforcer les agences de santé publique du continent, dit-il, ajoutant que "nos dirigeants auraient appris la nécessité d'être proactifs pour faire en sorte que l'Afrique ne soit plus à la merci du reste du monde", a-t-il déclaré à Nature Africa.

Happi a également concédé que les pays africains ont encore des pistes pour s’améliorer dans le domaine de la surveillance génomique, notamment en s'assurant que les laboratoires qui effectuent le séquençage ont un accès régulier et facile aux échantillons et que leurs systèmes sont automatisés. "L'automatisation est le seul moyen pour nous de générer des données robustes. Nous avons déjà les séquenceurs, mais l'automatisation rendra le système plus robuste", a déclaré M. Happi.

M. Nkengasong a décrit la pandémie de COVID-19 comme un moment de transformation pour Africa CDC. "Avec le soutien politique dont nous bénéficions au plus haut niveau sur le continent, Africa CDC est prêt à jouer un rôle très important pour permettre au continent de lutter contre les maladies endémiques, notamment le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme", a-t-il déclaré à Nature Africa. Il a fait remarquer que les efforts du centre viendront compléter ceux de l'Organisation mondiale de la santé, en particulier ceux des bureaux régionaux de l'organisme mondial de santé en Afrique.

Selon M. Moeti, les agences sanitaires du continent ont désormais des raisons et des plateformes pour continuer à renforcer leurs capacités en matière de réglementation sanitaire internationale dans le cadre de leur système de santé publique.

"Il est nécessaire d'investir beaucoup plus dans toutes ces institutions. En tant qu'OMS, nous avons coordonné des évaluations externes collectives des capacités de la Règlementation Sanitaire International de la quasi-totalité de nos pays, et tous ces pays ont un plan dans lequel ils ont identifié ce qui doit être investi pour combler les lacunes. Nous plaidons avec force pour que des ressources nationales et un soutien international soient mis à disposition pour soutenir ces agences sanitaires", a-t-elle déclaré.

Pour M. Happi, le prochain défi pour l’Afrique est la détection précoce et la prévention des maladies futures. "Nous proposons d'établir et de développer des systèmes d'alerte précoce pour la détection précoce et la prévention des pandémies. C'est ce à quoi nous devrions tous travailler."

doi: https://doi.org/10.1038/d44148-021-00047-8

References

  1. 1.

    Nkengasong, JN et al. The Lancet Global Health 5 (3) e246-e247 (2017)

    PubMed  Article  Google Scholar 

  2. 2.

    Ochu, CL et al. BMJ Innovations 7.2 (2021).

    Article  Google Scholar 

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